Siéger autrement: le «care» comme boussole en gouvernance

Conseil d’administration pour l’avancement féminin
Mélanie Dusseault

Les mesures structurelles comme les sièges réservés constituent un levier important pour favoriser la diversité au sein des instances décisionnelles. Elles ne suffisent toutefois pas toujours à transformer les dynamiques collectives ni à créer une véritable ouverture.

C'est dans cet esprit que Chanel Vincent-Dubé, administratrice de sociétés certifiée et récipiendaire de la bourse du Secrétariat à la jeunesse pour la relève en gouvernance, a animé l'atelier «Siéger autrement» lors de la troisième édition de L'Élan, le grand rassemblement de La Lancée. Cette rencontre d'intelligence collective proposait justement de déplacer le regard: explorer ses limites, reconnaître ses biais et apprendre à faire briller les différences de manière profondément humaine et collaborative.

Se reconnaître dans ses différences 

Au cœur de la démarche se trouvait l’éthique du care. Ce courant de pensée replace la vulnérabilité, l’interdépendance et les relations situées au centre de la réflexion morale. Contrairement aux approches fondées sur des principes abstraits hérités de la modernité rationnelle, le care met de l’avant une responsabilité contextualisée, ancrée dans les pratiques concrètes d’attention et de prise en charge. 

La perspective décoloniale du care, évoquée durant l’atelier à partir des travaux de Maria Grace Salamanca Gonzalez, invite à revisiter nos manières de penser et d’agir en partant de l’expérience vécue. Elle permet de révéler les asymétries de pouvoir qui traversent les organisations et d’envisager la gouvernance à partir des besoins réels des personnes qui les composent. 

Reconnaître ses biais, pratiquer le décentrement 

Le parcours proposé s’articulait en trois axes: reconnaître la pluralité des biais cognitifs, sociaux, identitaires, institutionnels, systémiques et émotionnels; pratiquer le décentrement en assumant activement sa responsabilité au sein du groupe; puis développer l’art d’explorer par le questionnement. 

Une attention particulière a été portée à la manière de questionner: adopter une posture bienveillante, une écoute active et clarifier l’intention derrière chaque intervention. Les questions ouvertes (comment, quoi, dans quelle mesure…) ont été présentées comme des leviers pour comprendre, améliorer ou faire réfléchir, alors que les questions fermées tendent à restreindre l’échange. Ces repères, inspirés notamment des outils du Collège des administrateurs de sociétés, visent à enrichir la qualité des délibérations. 

Visibiliser le care comme rôle organisationnel 

L’atelier a également soulevé la nécessité de reconnaître le care comme une fonction à part entière. Souvent assumé de façon informelle, ce travail relationnel demeure peu visible. Le formaliser — à l’image d’une «sentinelle» ou d’un·e «gardien·ne» du climat — permettrait de lui donner une légitimité comparable à celle de la présidence, de la vice-présidence, du secrétariat ou de la trésorerie. 

«Ce qui est important pour la prise de décision, c'est la diversité.»

- Chanel Vincent-Dubé

Chanel Vincent-Dubé

Une vision humaine de la gouvernance 

Pour Chanel Vincent-Dubé, un conseil d’administration a d’abord pour rôle de donner des orientations stratégiques et de répondre aux besoins du milieu. Mais la saine gouvernance ne se limite pas aux procédures: elle «passe par la capacité de se comprendre individuellement, de comprendre les différences, de tirer profit de la richesse de ceux et celles qui siègent, puis de se traiter avec beaucoup d’amour et de tendresse». 

Elle a aussi rappelé l’importance d’oser prendre sa place: la diversité demeure essentielle à la prise de décision, et les espaces de gouvernance sont souvent plus accueillants qu’on l’imagine lorsqu’on franchit le pas. 

Image provenant de Youtube

Cet atelier a offert une réflexion pratique pour repenser l’inclusion et la diversité dans les pratiques décisionnelles. En faisant du care une véritable boussole, il invite à concevoir la gouvernance non seulement comme un exercice technique, mais comme une expérience profondément relationnelle. 

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